LES PETITS MONDES D'ARINANIE

LES PETITS MONDES D'ARINANIE

Petite enquête sur le wichtlein

 

La mort est un thème récurrent dans la mythologie nordique et les nains ne sont que 
des asticots issu de la chair d'Ymir le géant. Les nains et les elfes noirs présentent 
de nombreuses ressemblances et nombreux noms de nains possèdent en eux une 
racine alfique (Álfr, Gandálfr, et Vindálfr). On dit des elfes noirs que ce sont des humains 
élevés après la mort. Peut-on penser alors que le nain et, plus généralement l'esprit chtonien 
s'identifie à l'esprit des morts ? La question est posée ! Mais peut être que l'étude du Witchlein
pourra nous apporté des éléments de réponses...

Dans la mythologie teutonique des frères Grimm (volume 2) nous trouvons ceci :

If the diminutive form be added, which intensifies the notion of
littleness, it can only be used of spirits : wichtlein, wichtelmann.
en cherchant la racine du wichtlein on trouve ceci :
wichtlein, n., s. 1wichtel (lutin)
Wicht
, -(e)s, -e
m (Kobold) gnome m , lutin m , (Kind) (petit) bonhomme m
pej type m

Dans la mythologie de toutes les races, John Arnott MacCulloch met en lumière l'origine 
de cet esprit chtonien. Nous sommes en présence d'un descendant d'une classe d'esprits 
appelés Vaettir (au singulier Vaetr) dans la religion nordique.
Esprit de la nature et gardien d'une terre ou d'un lieu souterrain, le Wichtlein de L'allemagne 
du sud est une forme de nain des montagnes révélant certains caractères funestes de 
ses lointains ancêtres nordique.
Dans "The Fairy Mythology" de Thomas Keightley, le "British Goblins 
(Welsh folk-lore, fairy mythology, legends and traditions)" de Wirt Sikes et
 le "UNDERGROUND MYTHOLOGY - WHO, OR WHAT WERE THE KNOCKERS?" de Sylvia P. Beamon,
 MA (For presentation at the Symposium on Bohemian Subterranea, Praha (Prague) 
22 - 28 August, 1993.), le Whichtlein a la barbe grise et est affublé des habits traditionnels 
du mineur allemand. Il prend un malin plaisir à hanté les mines...et les mineurs !  
Equipé d'une lanterne et d'un marteau, il déambule dans les excavations en quête de mortels 
visiteurs qui viendraient à passer par là. Et pour combler son temps perdu, il les "caillasse",
 "pierraille" et "rocaille" à la volée !
il a une préférence pour les filons riches en minerais. Malins et taquins, il fait un tapage
 monstre pour faire croire à son auditeur qu'il se trouve en présence d'un véritable besogneux.
 Imitant par dessus le marché le son de la roche cassante, le wichtlein trahit son monde 
car en vérité, il ne fait rien...Et il appelle, il hurle et appelle encore jusqu'à ce qu'un mineur 
plus curieux que les autres s'empresse de se rendre à l'origine du bruit. mais lorsqu'il s'y trouve,
 le gnome perfide s'est envolé ! pfuiiiiiii ! bradabouummm !!!! à la place un éboulis vient à 
s'écraser sur le malheureux mineur.

En boheme, il est appelé le Haus-Schmiedlein et se montre dangereux en frappant trois fois 
sur la roche pour annoncer la mort imminente d'un mineur.

Chaque jour en Istrie, les mineurs doivent mettre un peu de nourriture dans les endroits où le
 wichtlein pourrait apparaitre dans le but d'appaiser sa malveillance. De temps en temps,
 il est bon de lui donner un petit cadeau comme des vêtements par exemple (attention prenez 
la taille enfant de préférence et faites en sorte que son cadeau lui sied sinon...hop trois petits 
coups de marteau). Négligez ces offrandes et c'est la mort assurée.

Dans le Spirits, fairies, gnomes, and goblins: an encyclopedia of the little people de Carol Rose
 le wichtlein est de la famille des knockers (bien que ce dernier frappe dans la roche pour 
signaler un filon riche en minerais), du kobold (on rejoint ici l'avis de Brian Froud et Brian Lee
 dans leur ouvrage "les Fées"), et du gnome. L'idée de l'esprit de petite taille gardien 
d'un espace donné mais pouvant à tout moment se transformé en esprit démoniaque ou 
maléfique plane toujours sur les caractéristiques du wichtlein.
Dans les "Mémoires de la Société de linguistique de Paris, Volume 12 - Emile Bouillon
 Libraire-Éditeur, 1903, on retrouve le Wichtlein avec la notion de schretel, et le schretel 
(Scrat or Schrat, Schretel, Schretlein) dans "the fairy mythology" de Thomas Keightley 
renvoi au vieil allemand traduisant le pilosus latin (velu). On comprend dés lors la raison 
pour laquelle le wichtlein dispose d'une pilosité abondante et sales qu'il laisse exprès 
trempé dans le lait.
Dans le lait ?!?!? On pourrait s'interroger sur cette indication on ne peut plus étonnante ! 
C'est comme si les eaux " galactophores" d'Audumba, la vache ayant nourrit le géant Ymir 
de ses quatre fleuves de lait, avaient été souillées par la pilosité crasseuse du gnome 
germanique ; pied-de-nez et marteau-frappeur annoncant la fin d'une abondante vitalité 
circulant dans les veines du malheureux mineur.

Où bien, et par association d'idées, on pourrait penser à ces contes scandinaves dans lesquels 
l'ogre mangeur d'enfants est un grand buveur de lait ? (source : Eric Birlouez, cabinet EPISTEME,
Paris Agronome consultant et Enseignant en Histoire et Sociologie de l'Alimentation).
Ou bien encore (et tout bêtement) cela fait référence à une vieille tradition locale allemande 
que ma modeste culture n'a su exhumée !!

Dans le "Wörterbuch der Indogermanischen Sprachen: Dritter Teil: Wortschatz der 
Germanischen Spracheinheit (Dictionary of the Indo-European Languages: 
Third Part: Vocabulary of the Germanic Language Unity)" de August Fick avec les contributions 
de Hjalmar Falk, et entièrement revu par Alf Torp en 1909, nous trouvons l'aspect grêle 
que nous décrit Pierre Dubois dans sa grande encyclopédie des lutins :

"rétractable (skreh). En skrahô et mundartl norvégien. skraaen skraana sec (= skrahnan) 
verschrumpfen sec (skræa faire minces et cassants, skræa f. personne rétrécie, 
peut-être prendre skreda, art skreþ), mnd. Schrader (skrêha germe) = maigre schrade, maigre,
 chétif, mundartl NHG. (Ober Pfalz) schrähelein une magie étant, Wichtlein, Schrahe 
(francs du Nord) maigre, sèche, rugueuse..."

Maigre, méchant, trompeur, meurtrier (?), le Wichtlein dispose d'un baton ferré qui endort à 
distance les serpents (symbole de la vie) les renards (dont le wichtlein plus malin que le goupil,
 animal emblêmatique de Loki, n'a que faire de ses conseils puisqu'il agit aussi pernicieusement 
que lui en avertissant les mineurs des catastrophes qu'il a lui même provoqué !), 
les chats sauvages (le chat ne possède-t-il pas neuf vies ?), et les blaireaux 
(dont la symbolique chamanique représente la force de guérison chez l'homme - 
la graisse de blaireau servait d'ailleurs à soigner les rhumatismes dans la basse-cornouailles-
on peut supposer également que le wichtlein savait que le blaireau est friand du bois 
de sureau qui prolifère par son entremise,et l'on connait toute la symbolique du cycle de la vie 
de cet arbre dans la mythologie celtique, comme si le gnome voulait cassé le cycle par ses 
trois coups de marteau ! On sait également que le blaireau est un animal hospitalier et 
qu'il peut accueillir chez lui ...le renard ou le chat sauvage !! Beaucoup trop pour le wichtlein...
beaucoup trop).
 
Ah, j'oubliais !! Et les trois coups de marteau ? Pour ma part, je pense que le wichtlein 
en appelle aux trois moires ou parques romaines (elles filaient la destinée de chacun ; Clotho 
(" Fileuse ") file la destinée, Lachésis (" le Sort ") déroule l'écheveau et Atropos (" l'Immuable ") 
coupe le fil). Mais ceci reste encore à prouver...Ou peut-être a-t-il eu vent du Dit des trois
 morts et des trois vifs qui représente sous forme de peinture, de miniature, d'enluminure ou 
de sculpture, trois cadavres s'adressant à trois jeunes voyageurs orgueilleux aux riches 
apparats. Le thème de cette légende, dont les premiers écrits remontent au XIIIe siècle 
(antèrieure donc à la danse macabre) conte l'avertissement fait aux trois voyageurs sur 
leur prochaine et inéluctable décompostion corporelle.
 
Il est tentant de faire alors un rapprochement entre les voyageurs avide de richesses et 
l'état d'esprit des mineurs de l'époque (voyageurs soutterains usant de toutes les techniques
pour partir en quête de trésors enfouis - le "De Re Metallica" de Georgius Agricola écrite 
en 1556 prouve que l'art d'extraire les minerais était bien connu en Allemagne), 
prévenu par le wichtlein qu'il faut bien se garder d'une telle avidité car tôt ou tard,
 les corps fertiliseront les chrysanthèmes et qu'ils seront tous jugés à la fin pour leurs fautes 
et leurs pêchés...Bon évidemment, ce ne sont là que des suppositions et autres conjectures 
sortant tout droit de mon esprit un peu tordu. Mais ne faut-il pas être un peu tordu
(comme l'a si bien compris le Jonathan Strange de Suzanna Clarke) pour effleurer du bout 
des doigts ne serait-ce qu'un bref instant le monde de Féerie !

 



03/07/2011
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