LES PETITS MONDES D'ARINANIE

LES PETITS MONDES D'ARINANIE

la féerie Tsigane

ἈΝΆΓΚΗ : FATALITE. Voilà comment l'on pourrait définir "Notre Dame de Paris" de Victor Hugo. Car rien n'est plus fatal, entre autre chose, que les destins tragiques des protagonistes de cette histoire, Esmeralda, Frollo, Phoebus et Quasimodo. Sans rentrer plus avant dans les détails de ce roman que tout le monde a du lire au moins une fois dans sa vie, je voudrais revenir sur la personnalité d'Esmeralda. Lors de la publication du roman, la revue des deux Mondes décrit la belle gitane comme ceci : "C'est la Esmeralda, espèce d'Almée du moyen âge, Taglioni bohémienne, danseuse presque ailée , qui, tandis que les
autres sautent et retombent, monte et redescend : vision de nuit comme il en passe dans les rêves avant qu'on ait atteint dix-huit ans".
 (Revue des Deux MondesT.1, 1831 ; Source: //fr.wikisource.org/w/index.php?oldid=1322860 Contributeurs: Sapcal22, Zoé, Zyephyrus).

Danseuse, chanteuse de jour comme de nuit, enchanteresse, séductrice, charmeuse, Esmeralda est l'archétype même de la femme fatale auquel n'importe quel homme est susceptible de succomber. Du plus laid (Quasimodo) au plus beau (Phoebus) en passant par le plus pieux (Frollo).








Mais de femme fatale, elle n'est point la seule puisque cet archétype féminin , a été représenté dans bien des pays et dans bien des cultures ("Ishtar, Ève, Lilith, Dalila, Aphrodite, la Sirène, le Sphinx, Scylla, Circé, Lamia, Hélène de Troie, et Clytemnestre, la Fée Morgane, mais aussi Mata Hari*").

(*Source: //fr.wikipedia.org/w/index.php?oldid=53301792 Contributeurs: Abracadabra, Cantons-de-l'Est, Depil, Desaparecido, Fouziks, JdH, Jmfayard-fauxnez,
Kirug, Leszek Jańczuk, Necrid Master, PatríciaR, Pwet-pwet, Rayman3640, Skiff)


Or, le mot fatalité puise son sens dans les mêmes racines que fée : fata, pluriel neutre de fatum, signifiant "sort" ou "destin".

Il est intéressant de noter alors à quel point le monde gitan, tzigane ou bohémien a générer chez les sédentaires (Frollo, Phoebus, Quasimodo) une kirielle de fantasmes oniriques touchant à la liberté, au charme d'un monde paien et libre, à un passé idylique à jamais révolu. La tzigane, la bohémienne devient alors une véritable fée. En 1831, la revue entre deux Mondes qualifie Esmeralda de "Taglioni bohémienne, danseuse presque ailée", qui met bien en valeur le côté esprit élémentaire de la nature même de la gitane. Esmeralda devient une sylphyde (pour reprendre le titre du ballet romantique, La Sylphide, créée à l'Opéra de Paris le 12 mars 1832  par Filippo Taglioni).





Il est étonnant de voir également à quel point le monde gitan et les gens du voyage en général sont rejetés par les sédentaires mais également envié par eux. Leur liberté, leur proximité avec la nature (leur amour pour les chevaux est indéniable), leur monde mystérieux (pensons aux diseuses de bonnes aventures ou ces histoires où il est question d'enfants volés par les fées ou les bohémiens !, fut une époque où l'on ne faisait guère la différence), féerique, dansant et festif ont fait d'eux des individus exceptionnels, particuliers. Pendant des générations, les cirques Tsiganes ont su tirer  bien des avantages de ces attraits que les sédentaires leur donnait (et encore aujourd'hui avec le cirque ROMANES par exemple). Aujourd'hui le mystère tsigane représente une inspiration grandissante dans le monde de la musique féerique (comme le groupe gipsy nomads), voire la mode où l'on parle de "Jupe Esmeralda". Et n'oublions pas le cinéma et la littérature avec par exemple les Gitans des Mers dans "A la croisée des Mondes, la Boussole d'or" de Philip Pullman !






Par ailleurs, (et pour rejoindre l'idée féerique d'Esmeralda), la féminité tient une place très importante dans les mythes et les croyances Tsiganes. Françoise Cozannet dans son ouvrage "Mythes et coutumes religieuses des Tsiganes" reprend les grandes figures féminines des mythes gitans.

 "parmi les mondes innombrables des esprits...trois groupes se détachent nettement par leur importance, et chose significative, sont tous du sexe féminin, sortes de fées bonnes ou mauvaises : les Ourmes, les kechali, les sorcières ou Holypi. Nous verrons ensuite le rôle médiateur très important que jouent certaines femmes tsiganes, magiciennes à la fois devins et guérisseuses, sortes d'intérmédiaires entre le monde des forces surnaturelles et celui des Humains".

1) Les Ourmes

Ce sont les déesses du destin des Tsiganes d'Europe centrale. On les appelle aussi les "femmes blanches", car revêtues d'une robe blanche...." "...elles vont par groupe de trois apparaissant et intervenant essentiellement lors de la naissance de chaque enfant dont elles déterminent le destin futur. Une de ces fées est bonne, l'autre est cause de malheur, la troisième jouant un rôle intermédiaire".


2) Les Kechalis

ou fées des forêts sont d'autres sortes d'esprits féminins déterminant le destin des hommes. Toutefois, elles ne sont plus connues qu'auprès de quelques tribus tsiganes d'europe centrale. Leur croyance, en voie de disparition, semble constituer une couche plus ancienne de la mythologie tsigane, peu à peu supplantée par celles des Ourmes..."."....ces êtres surnaturels, généralement par groupes de trois, habitent les montagnes et possèdent de longs et fins cheveux qui forment le brouillard des vallées. Mais surtout c'est uniquement en tant que vierges qu'elles peuvent influencer le destin des humains. Car elles peuvent aimer un homme et se lier à lui ; mais alors c'est pour son propre malheur..."."...son amant fasciné par elle en perd la raison (Frollo ne tente-t-il pas d'assassiner phoebus pour l'amour d'Esmeralda ?) et elle-même perd de ce fait son pouvoir magique (Esmeralda condamnée au bûché) : elle se réfugie toujours plus haut dans les montagnes pour y vieillir et disparaître."

"...L'influence des Kechalis se manifeste de deux façons différentes : si elle veut accorder la chance pour toute la vie à un enfant, elle entoure son cou du "fil rouge de la chance" (en fait si l'enfant porte à sa naissance un pli ou une ride circulaire au cou). Par ailleurs, une telle Kechali, au moment de perdre son pouvoir en se choisissant un amant, peut porter chance à un enfant en lui tissant à partir de sa propre chevelure une robe de chance, si fine qu'elle est invisible aux yeux des humains" (souvenons-nous des trois parques !)

La reine des Kechalis est Ana, épouse du roi du peuple Lotcholico. "...Afin d'éviter l'anéantissement des fées Kechalis par ce peuple, Ana se résolut à épouser ce roi. De ce mariage malheureux naquirent les neufs Démons pathogènes (causes de maladies) qui depuis se sont multipliés".


3) Les sorcières ou Holypi (étymologiquement en tsigane : la femme qui s'irrite du bohneur de ses frères humains).

Ici on a affaire non plus à des esprits "féminins", comme les Ourmes ou les Kechalis, revêtant des formes humaines imprécises, mais à des femmes véritables qui se sont unies sexuellement à des démons pathogènes. Par sa relation sexuelle avec un démon, la femme serait possédée par cet esprit démoniaque et devient alors sorcière. et la propriété de la situation de sorcière, dans le monde tsigane, est qu'elle peut transmettre cet esprit démoniaque, à un homme ou un animal, pour son malheur évidemment....".
"...Les croyances tsiganes relatives aux sorcières sont innombrables et très variées ; mais en général elles constituent des emprunts au folklore des peuples sédentaires que visite tel ou tel groupe de Tsiganes...". "...Les sorcières sont rangées par les Tsiganes dans la catégorie des mauvais esprits...".
 
source : Françoise Cozannet dans son ouvrage "Mythes et coutumes religieuses des Tsiganes" (édition Payot)




01/07/2010
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